Évadé de prison

La guerre du Kosovo en 1998, état pris entre l’arbre et l’écorce d’une Yougoslavie (Serbie-Montenegro) qui se désintègre, je m’en souviens. Le Canada avait porté assistance à l’afflux massif de réfugiés, ouvrant les portes à un avenir différent.  L’indépendance du Kosovo (2008) ne fait toujours pas l’unanimité. C’est avec un regard de prisonnier boursouflé que je tire ma carcasse du lit, même couleur qu’en 1998, gris gonflé. Des drapeaux albanais flottent partout, fervent connaisseur de capitales et de drapeaux, aucun drapeau du Kosovo en vue. Simple, le territoire est composé d’environ 90% d’albanais.

Les batteries du tracker battent de l’aile, comme les bouches d’égouts manquantes (visiter les tortues ninjas au Kosovo peut représenter des risques, parlez-en à votre médecin). La quantité de piles lithium-ion au Kosovo est aussi abondante que les commentaires non-racistes, respectueux et intelligents de Donald Trump pendant sa déroute présidentielle. Malgré le chaos contrôlé du Kosovo, le regard perçant des gens, vrais, humains, réconforte, propulse, apaise. Comme les Kepabi pour déjeuner, boulette de porc rempli d’amour pour emporter.

Habituellement, le feeling d’avoir un flat sur la roue arrière est un mauvais signe, pour deux raisons.

1. Tu as vraiment un flat

2. Tes jambes ont un flat.

À 40km de Skopje capitale de la Macédoine, près de la frontière avec le Kosovo, le début d’un drame au butyle allait aboutir de son sujet amené, posé, divisé et passer en mode élément déclencheur. Comme tout étudiant collégial ayant vénéré la  religion de la procrastination, j’allais faire mon examen de lettres collégial, vérifier si mes talents de grammaire passent le test. Tchequer si chu capabe d’haître une 100 ouattes, génie des herbes ou Les Débarbrouillards.
Sujet amené : Il était une fois Geoffroy et son bicycle
Sujet posé : Entreprenant un périple à travers l’Europe, 3700km durant.
Sujet divisé : Il choisit des pneus de compétition, sans vraiment porter attention sur l’état de ses pneumatiques pendant la course. Nous sommes au KM3000.

Élément déclencheur

Faque là, c’est l’élément déclencheur, pas de tambour, vraiment juste un élément imprévu, sans crier gare, boom, pow. Rien. Silencieux. Mais comme on sait trop bien, silencieux c’est pas toujours mieux … Ça frotte à l’arrière, rien de catastrophique, perceptible, nuisible, fatiguant. À l’arrêt, le tube me fait des coucou, veut voir du paysage également. À 40 km de Skopje, ville endormie en ce jour dominical. Le flanc du pneu est ouvert d’environ 1 cm. La carcasse très souple en avait marre. Elle a flanché. Petit pépin, grosse complication. Détour chez le Vulcanizor local, wizard du pneu de char, pour essayer de colmater la brèche pour continuer l’invasion en Macédoine.

L’année dernière, j’ai appris qu’un 5 euros à l’intérieur d’un pneu ouvert étant une très bonne solution de secours! Et hop, en plus de la patch du Vulcanizor, 5 euros par précaution. Geoffroy arrive en Turquie en première position, sur le wheelie avec du feu sur la roue arrière, pendant que Kristoff a dû rebrousser chemin et perdre 2 jours car la Bulgarie a bloqué temporairement l’accès à la Turquie. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfant.
Pas vraiment. Kristoff est maintenant dans les derniers hectomètres de son périple. Et 700km me sépare de la ligne. La Macédoine c’est un medley de rencontre avec la collision fatale, des barres de chocolat bounty dans un feedzone improvisé par un dot watcher, des routes pires qu’au Québec (ça existe) et bien sûr chaque légume coupé en dés.
Péripétie 1 : Esquive d’un camion lourd, camions qui sans vraiment de système de signalisation en Macédoine, rendent la navigation périlleuse.
Péripétie 2 : Esquive d’un piéton qui traverse et fige comme un chevreuil avec les hautes plantées sur les bois.
Péripétie 3 : Un automobiliste sort de sa voiture et gesticule au loin sur le bord de la route. Moi? C’est clair. Un dot watcher qui m’a repéré. C’est irréel, il recrée un feedzone sur une course de 4000km! J’y crois pas! Il me tend la main, 2 barres de chocolat Bounty que j’attrape au vol sans ralentir à plus de 45km/h, 1 chance sur 100 de répéter l’opération! Je me retourne, le regarde, crie de joie, il crie de joie. J’oublie les péripéties 1 et 2 en mangeant des Bounty!

Le manuel de course d’indiquait pas de feedzone au KM3000

Beaucoup de pavés européens sont plus doux que les routes secondaires en Macédoine. Il faut choisir quels trous on veut prendre. Ça c’est quand il y a de l’asphalte! Ça tourne en gravel et des troupeaux de vaches errants participent à l’aventure, pendant que l’autoroute Alexander the Great est la seule entité pavée qui est digne de la nomination de route.
Lassé des troupeaux de bêtes désordonnés qui font la bordure, l’autoroute d’Alexandre le Grand m’invite à essayer ma chance. Poste de péage… Dohhhhhh. Questionnant le contrôleur sur la légalité d’être sur cette route, il m’indique simplement : c’est gratuit pour les vélos! Rouler sur l’autoroute en vélo, 8 provinces sur 10 au Canada le permettent (exception du Québec et Ontario). Rouler sur l’autoroute, c’est un peu comme une collecte à kilomètres. Ça aplanit le profil, trace des axes rapides entre les destinations et la surface est nickel. On repassera au niveau du paysage, mais opération kilomètres.

Paysage pour les 500 derniers kilomètres

À partir de ce moment, rarement les yeux se sont levés pour regarder le paysage. Fixation sur le bitume. Rentré dans un tunnel vision éternel. Esclave aérodynamique. La position sur la selle devient une gymnastique rigoureuse et complexe. La Grèce m’accueille et m’enlève 1h. Oppaaa!
L’arrêt forcé à 3 :40AM pour reprendre des forces, les sens commençant à faiblir. Moins de 450km à faire. Sommeil prévu après 410km de vélo : 1h30. Finir en force, les positions 2-3-4 sont à moins de 100km.

413km – 13h34 – 30.5km/h – 2573m

Clic sur la map pour voir la ride


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