À l’assaut du Passo di Giau, capturant des rescapés de la montagne sur mon passage, un Finlandais, 6 vitesses le propulsant sur le vieux continent. 6 vitesses. Au cadre. En acier. Peinturé par l’usure. Un peu de laxisme dans l’hégémonie carbone. Un peu d’eau dans l’octane de la performance, établir que la machine reste humaine, le vélo restant un véhicule à volonté et persévérance. La veille, il n’a pas dormi. Forgeron qui trace son chemin sur ses convictions.

Passo di Giau circa 5:16AM

5 :16AM Climax. Double espresso. Goûté, coulé. La valse langoureuse de la descente, plonger de 2200m, véritable chute libre du dénivelé. La montagne me redonne à la vallée, soufflé vers la plaine afin d’avaler du pays, rattraper la Turquie. The wind of Change.
La fraîcheur, la brise se volatilisent. La chaleur écrase le gelato, épuise les ruisseaux, dilate l’air. Ça se dilate, je me faufile, j’encaisse le kilomètre avec vigueur.

L’édition No.4 de la Transcontinental a vu s’attrouper un groupe select de vétéran, wannabee et outsider pour la gagne. D’une main de maître, Kristoff a su imposer le rythme à soutenir pour grapiller un espoir pour la gagne sur Çannakale. Tenter de suivre Kristoff, de subir son rythme, voilà le plan de certains concurrents du top 10. Le début de course a été extrêmement tendu avec des grosses semelles repoussant trop loin leur possible. Si bien qu’inévitablement, ça craque, ça scratch.

Respecter la machine

To finish first, first you must finish. Faire la course pendant les 5 premiers jours est très taxant. Moralement, physiquement. Les ambitions s’envolent, les difficultés s’amplifient, les variations émotionnelles se font cosinus, le résultat primant sur les capacités. Car pour suivre Kristoff, il faut d’abord respecter le possible, respecter que s’il est plus fort, il est plus fort. Dans l’exercice, la détermination accomplit beaucoup, la résilience, la force morale. Cependant, aller à l’encontre de ses capacités, plusieurs jours durant, a un poids considérable.

Je m’étais promis de commencer à courir après 5 jours. Pas de perte de temps à regarder les autres, faire ma course. Prendre le temps de choisir le bon filtre noir & blanc sur Instagram était plus approprié durant les 5 premiers jours. J’avançais ma carapace au gré de mon capable. J’ai souvent été sur le bord du gouffre de l’incapable, de la craque qui fait déborder le vase. 5 jours derrière les mollets, le corps s’adapte, comprend le manège, redonne le gain des alpes, sur un terrain qui s’aplanie jusqu’en Turquie. Je suis prêt à commencer ma course. L’offensive des Balkans peut commencer.

450 km – 16h37 – 27km/h – 4184m


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